En janvier 1627, une tempête exceptionnelle dans le golfe de Gascogne
provoqua le plus terrible naufrage de l'histoire de la marine portugaise.
Sept navires coulèrent, dont deux énormes caraques des Indes
chargées de toutes les richesses de l'Orient, et cinq galions de
guerre qui les escortaient : près de 2000 morts et moins de 300 survivants,
des centaines de canons perdus, une fortune engloutie ou pillée...
De cet événement, considérable en son temps, on ne
connaissait guère jusqu'à présent que le texte superbe
et étrange du grand écrivain baroque portugais dom Francisco
Manuel de Melo, publié en 1660 sous le titre d'Epanáfora
Trágica, et dont nous livrons ici la première traduction
en français, accompagnée de la relation du désastre
par le général des galions, dom Manuel de Meneses, publiée
en espagnol dans une plaquette rarissime parue en 1627.
Outre ces deux textes, notre édition réunit quatorze documents
inédits ou peu connus (lettres, documents administratifs, mémoires
manuscrits), rassemblés par Patrick Lizé et Jean-Yves Blot,
qui offrent, à la lumière de cette masse de documentation,
une vision nouvelle des événements.
Car si les «bourgeois»de Saint-Jean-de-Luz ont bien sauvé
maints naufragés (dont Meneses et Melo) au péril de leur vie,
partout ailleurs les quelques survivants qui atteignirent la côte
furent dépouillés et massacrés par les habitants des
landes et des marécages côtiers. Sur des kilomètres
de plages jonchées de poivre, de cannelle et de girofle, où
les vagues charriaient cadavres, meubles fracassés, ballots de toiles
et de soies, c'est surtout l'énorme cargaison de diamants et autres
"pierreries" qui excita les convoitises. Pour protéger
jalousement leurs droits de bris et d'épaves, tout en évitant
que le sort réservé aux naufragés fît scandale,
le parlement de Bordeaux et les grandes familles de Guyenne durent fermement
intervenir.
Au final, ces dernières furent les principales bénéficiaires
de cette catastrophe. En premier lieu, le duc d'Epernon, Jean-Louis de Nogaret
de La Valette (1554-1642), qui réussit à s'approprier une
partie des diamants. Richelieu tenta avec acharnement de l'en dépouiller,
mais en vain. Cette page d'Histoire n'est pas close, car aujourd'hui encore
les navires gisent toujours à quelques encablures de la côte,
quelque part sous les sables, avec sans doute une grande partie de leurs
trésors...
Edition de Patrick Lizé Jean-Yves Blot,
récits de dom Francisco Manuel de Melo & dom Manuel de
Meneses traduits par Georges Boisvert.