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Si tu vas à Goa
Première
réédition exhaustive des deux expéditions de Vasco
de Gama, et un numéro d' Autrement sur Goa et l'Inde
portugaise au temps de la magnificence (1510-1685).
Voyages de Vasco de Gama, relations des expéditions de 1497-1498
& 1502-1503, traduites et annotées par Paul Teyssier et Paul
Valentin, présentées par Jean Aubin. Editions Chandeigne
400 p. 195 F
Goa 1510-1685, lInde portugaise, apostolique et commerciale, dirigé
par Michel Chandeigne. Autrement. 225 p. 120 F.
Ils sont si grands que deux d 'entre eux peuvent porter un navire,
si gros soit-il, et ils le mettent à flot. On attache l'un des
éléphants à un bout et l'autre à l'autre bout,
et l'on ne se fait plus de souci, car ils le portent aussi droit et aussi
bien qu'il est possible. Et ceux qui disent que les éléphants
n'ont pas d'articulations se trompent car ils s'élancent, se jettent
par terre et sautent très légèrement
Navigateurs géniaux, soldats féroces, négociants
redoutables, les explorateurs portugais écarquillent aussi les
yeux devant les merveilles du monde. Ils rencontrent des licornes, des
chevaux marins, des peuples inconnus (qu'il vassalisent, à l'occasion
massacrent), affrontent des semaines de tempête sur la route des
épices, l'or noir qui vaut de l'or en Occident. A leur tête,
l'Aniral , Vasco de Gama, veille.
A l'heure ou Salman Rushdie ressuscite l'Inde portugaise dans son dernier
roman, le Dernier Soupir du Maure, on lira avec profit les relations des
deux expéditions de Vasco de Gama en Inde au tournant du XVIe siècle.
Si une seule, anonyme, existe du premier voyage, plusieurs textes relatent
la seconde : celui de Tomé Lopes notamment écrivain
de la nef de Rui Mendes de Brito , mais aussi ceux de commerçants,
de marins ou de mercenaires, signés ou anonymes, écrits
en allemand, flamand, italien ou portugais. On recrutait alors dans l'Europe
entière.
L'édition aujourd'hui proposée est plus exhaustive qu'aucune
édition portugaise. C'est l'initiative d'un éditeur-libraire
parisien, Michel Chandeigne, spécialiste de littérature
portugaise, à qui l'on doit d'avoir publié dans la précieuse
collection Magellane des récits de voyage écrits
entre le XVe et le XVIIe siècles et souvent oubliés.
Parmi les dernières parutions, la Destruction des Indes de Bartolomé
de Las Casas, Prisonniers des glaces de Willem Barrentsz, en attendant
lInquisition de Goa, de Charles Dellon ou le Voyage à Mozambique
et Goa de Jean Mocquet. Des ouvrages sous jaquette, de belle facture,
avec gravures d'époque et introductions de spécialistes.
Michel Chandeigne a par ailleurs dirigé un ouvrage sur Goa au temps
de sa magnificence , entre 1510, date sa conquête et
1685, année de son abandon officiel. A partir des nombreuses relations
de l'époque, celui-ci met en relief le métissage
inédit et profondément enraciné de la culture
goanaise, mêlant civilisation hindoue chrétienne, et plus
discrètement, juive et musulmane. La capitale cosmopolite et marchande
des Indes portugaises recueillit la dépouille miraculeusement intacte
de François-Xavier, jésuite et futur saint, et se livra
à un commerce de reliques effréné, plusieurs voyageurs
firent de Goa la cité des plaisirs , ceux de la table,
de la chair et de l'esprit. Seul Luís de Camões, soldat
sept ans à Goa mais surtout poète exilé, y vit
la mère des vils coquins, et la marâtre des hommes d'honneur
.
Antoine de Gaudemar
29 février 1999
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