Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
1935-2000

Choix et présentation de Michel Chandeigne
Préface de Robert Bréchon
Poésie / Gallimard 414 p. 2003. 8,90 euros


 


Poèmes de Vitorino Nemésio, Miguel Torga, Jorge de Sena, Ruy Cinatti, Sophia de Mello Breyner Andresen, Carlos de Oliveira, Eugénio de Andrade
Mário Cesariny, Natália Correia, Alexandre O’Neill, António Ramos Rosa, David Mourão-Ferreira, Fernando Guimarães, Fernando Echevarría, Herberto Helder, Ruy Belo,
António Osório, Pedro Tamen, Manuel Alegre, Fernando Assis Pacheco, Fiama Hasse Pais Brandão, Armando Silva Carvalho, Luiza Neto Jorge, Gastão Cruz, Vasco Graça Moura,
Manuel António Pina, João Miguel Fernandes Jorge, António Franco Alexandre, Manuel Gusmão, Al Berto, José Agostinho Baptista, Helder Moura Pereira, Luís Miguel Nava, Nuno Júdice.

Extraits :

 

Vitorino Nemésio (1901-1978)

Né aux Açores, dans l’île de Terceira, il fut professeur à la Faculté de Lettres de Lisbonne, après avoir enseigné à Montpellier et à Bruxelles. Poète, romancier, essayiste, chroniqueur et critique, il fut une personnalité majeure de la vie culturelle portugaise et son roman, Gros Temps sur l’archipel est un chef-d’œuvre incontesté. (...) Il a décrit lui même son art poétique comme une «quête du sens de l’existence à travers la représentation du passé: le monde de l’enfance dans le microcosme insulaire...»
Extrait de la notice p. 385

 

A bride abattue

Baie ou pie, je ne sais plus.
Je l’enfourchai à cru.
Plus doux qu’un vin de septembre,
J’ai bifurqué l’automne.
A ses naseaux fleurit la marguerite
(Nos rêves sont rouges).
Le mors des regrets bride sa fougue.

J’enlève au galop la Terre sur mes genoux.

 

On pourra lire en français :
Gros temps sur l’archipel. La Différence
L’animal harmonieux. La Différence
La voyelle promise et autres poèmes (bilingue). La Différence


Armando Silva Carvalho (1938)


Sa poésie profondément libertaire, digne héritière d’un Alexandre O’Neill, se situe dans le droit fil de la tradition satirique et contestaire portugaise.
Extrait de la notice p. 379

Cendres de Sisyphe


J’ai vu le soubresaut.
Dans ce bois de lames et de gants
tu as touché chaque chose comme
un cri.

Et tu as aimé ma bouche
comme on tranche
les veines du silence.

Si le vent te jette
entre les feuilles et la cendre
c’est toujours la même voix qui ne pardonne pas

la même loi
le même labyrinthe.

 

 

Fiama Hasse Pais Brandão (1938)


Voix emblématique du mouvement Poésie 61 (...), Fiama poursuit un effort de réflexion sur la langue, qui détermine l’aspect formel des poèmes et en occulte le sens avec un art consommé de l’ellipse.
Extrait de la notice p. 378

L'autre maison de Hölderlin,
Dans le silence


La première maison dont j’ai entendu parler dans le silence.
Celle de jadis. Dont on ne parle plus. Le
vide.

La soie dont le livre était fait. Un
fond de taffetas damassé de figures
isolées.

Ne jamais parler, dans le silence, de la maison.
Elle, la demeure des sons. Maison
limpide,
pour que résonnent les livres. Revoir la plume
et l’écriture insolites. Sur la scène. Dans la maison
solitaire.

Qu’elle soit mienne à nouveau. Que j’atteigne la
grâce du lieu absurde. Ce cercle,
en relisant.