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Mia Couto
(né en 1955 au Mozambique)

Engagé aux côtés du Frelimo dans la lutte pour la libération du joug colonial portugais, Mia Couto a été directeur de l'agence d'information du Mozambique, de la revue Tempo, et du journal Noticias de Maputo. Ces activités conjuguées à celles de biologiste et d'enseignant traduisent une conscience politique et sociale et alimentent nombre de ses écrits ; notamment ses chroniques qui soulignent, non sans humour, les contradictions que connaît la société mozambicaine. En outre, l'univers intérieur de ses oeuvres puise aux racines de l'imaginaire et de la tradition orale mozambicaine. Il se fait ainsi le passeur d'une culture multiforme où s'enchevêtrent l'homme, les dieux, et la nature. L'écrit prend tour à tour la forme du roman, de nouvelles, de chroniques et de poèmes déclinés par une langue subtile, innovatrice (de nombreux néologismes, jeux de mots...) et drôle qui se fait l'écho de la mémoire contre l'oubli et l'acculturation.

Terre somnambule
(Albin Michel)
" On disait de cette terre qu'elle était somnambule. Parce que pendant que les hommes dormaient, la terre s'en allait loin par-delà les temps et les espaces. Les habitants, lorsqu'ils se réveillaient, regardaient le nouveau visage du paysage et ils savaient que la fantaisie du rêve était, cette nuit-là , revenue les visiter."
Variation sur cette croyance des habitants de Matimati, Terre somnambule est le récit de sa survivance dans un pays dévasté par la guerre. Le rêve, " l'oeil de l' existence", a déserté les hommes devenus ombres. Fuyant la guerre et le camp de réfugiés, Tuahir le vieil homme et l'enfant Muidinga échouent dans un autobus calciné jonché de cadavres. C'est là qu'ils découvrent les cahiers d'un homme nommé Kindzu. Le récit devient alors partage : le jour, l'auteur nous fait don des aventures de Tuahir et Muidinga tandis que celles de Kindzu se déroulent dans la nuit. Peu à peu na"t la possibilité d'une implication des deux récits.
Ici ces cahiers restituent d'une part les espaces oniriques confisqués par la guerre et transmettent d'autre part la parole à de nouveaux personnages qui renouvellent sans cesse les lieux de l'imagination. A l'image de l'un des personnages, " écrire c'est apprendre aux gens à rêver" sous l'oeuvre de la " terre couturière des rêves".


La véranda au frangipanier
(Albin Michel)
" Selon la légende, quelqu'un regarde au loin l'océan et se perd dans l'infini de la contemplation. Dans l'attente..."
Nous est contée l'histoire d'Ermelindo Mucanga, enterré au pied d'un frangipanier dans un fort colonial au bord de l'océan... Des remous dans la terre, des voix... voilà que l'on entend le déterrer pour l'élever au rang de héros national de la libération... Affolé, il consulte son halakavuna (tapir, au Mozambique l'on croit que le tapir a élu sa demeure dans les cieux et qu'il descend sur terre pour prédire l'avenir aux chefs traditionnels). Celui-ci lui annonce qu'il va vivre à nouveau, sous les traits d'Izidine Naîta : policier chargé d'enquêter sur la disparition du directeur de l'hospice de vieillards, un ancien fort colonial... Conçu sur le mode de l'enquète policière, le récit se déroule sur un rythme binaire scandé par les chapitres séjours chez les vivants/confessions des curieux pensionnaires de l'hospice. Le retour au ciel, la confession de Marta et la révélation conduisent au dernier rêve, le rêve du mort. La disparition " des curieux pensionnaires" engendrera de futures générations sans histoire, alors les individus n'existeront plus que par imitation.


Les baleines de Quissico
(Albin Michel)
sont un choix de magnifiques nouvelles tirées de trois recueils publiés originellement en portugais.
" Des voix crépusculaires" surgissent. Un vieil homme maigre devenu " l'ombre d'une âme" entreprend de creuser la tombe de sa femme avant que les forces lui manquent... Tandis qu'un " mulâtre non de races, mais d'existences" se trouve en prison accusé d'avoir tué son épouse, Carlota Gentina, qui, d'après lui, était un oiseau. Bento João Mussavele se rend sur la plage de Quissico afin de rechercher les baleines aux ventres remplis d'espoir...
" Nous vivons loin de nous, à la distance d'un faire-semblant. Nous nous dérobons à nous-mêmes. Pour quelle raison nous préférons-nous dans cette obscurité intérieure ?" Ainsi s'ouvre l'histoire de Maneca Mazembe le pêcheur aveugle de Chaque homme est une race.
Dans les Chroniques nous croiserons Mamude, celui qui porte en lui une " infinité d'âmes"...


Chronique des jours de cendre
(Albin Michel)
relate les onze jours qui ont précédé la Révolution des œillets, le 25 avril 1974, dans un village du Mozambique. Lourenço de Castro, l’inspecteur de la Pide, vit avec sa mère et sa tante que l’on tient pour folle. Il a succédé à son père, un bourreau sanguinaire, et entend appliquer à la lettre les lois absurdes de la métropole. Hanté par la présence de son père, actualisée par un rituel morbide, Lourenço de Castro navigue aux confins de la folie : il s’endort chaque jour avec son doudou et son petit cheval de bois... Sa mère entièrement dévouée à son fils ne s’aventure que rarement hors de la maison familale : l’Afrique commence à sa porte. Sa tante, Irène, a embrassé la cause de l’indépendance et déchaîne la haine délirante de son neveu.
Lorsque la Révolution survient, le système colonial abject s’effondre et avec lui Lourenço de Castro tandis que s’amorce le soleil des indépendances.

Le chat et le noir
(Chandeigne) illustrations de Stanilas Bouvier, bilingue.
«Il paraît qu'il acquit cette apparence, en totalité noire, à la suite d’une frayeur. Je vais vous conter ici comment eu lieu ce passage du clair à l’obscur. Le cas, je vous en avertis, n’est pas clair du tout.» Ce il est un petit chat qui, désobéissant à sa mère, va dépasser la limite entre lumière et obscurité malgré sa peur du noir. Un chat ayant peur du noir? Voilà qui est curieux... mais ce petit chat est aussi chacun de nous, petits ou grands, avec nos craintes face à l'obscurité et aux côtés sombres ou inconnus de la vie.

Tombe, tombe au fond de l’eau
(Chandeigne)
Au Mozambique, au bord de l’océan Indien, Zeca Perpétuo et Dona Luarmina vivent à quelques mètres l’un de l’autre. Zeca, un ancien pêcheur, n’a d’yeux que pour sa voisine mulâtre, qui passe des heures sur sa terrasse à effeuiller des fleurs invisibles.
Leurs conversations quotidiennes, tour à tour cocasses, désabusées ou poignantes empruntent souvent des voies étranges où chacun ose à peine se dévoiler. Zeca a décidé de «tuer» un passé, que l’on devine trop lourd, mais les requêtes incessantes de Luarmina, elle-même hantée par une énigmatique saudade, ont bientôt raison de lui. Zeca s’évertue alors à raconter ses souvenirs marqués par le sceau de la mort : son père, Agualberto Salvo Erro, est devenu aveugle et fou à la suite de la noyade de son amante disparue à jamais dans la profondeur des eaux ; puis sa mère a sombré dans la folie et sa femme meurt tragiquement dans des circonstances que le lecteur découvre peu à peu avec effroi.
Ce récit, qui interroge le temps, la mémoire et leurs empreintes sur l’homme, concentre de manière admirable les thèmes fondamentaux de l’œuvre de Mia Couto : la nature comme relation au temps, le rapport au divin par le biais des ancêtres, une confusion des cycles de la vie et de la mort, la coexistence du rationnel et de l’irrationnel avec un rôle particulier échu au rêve.

 


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(c)EDITIONS CHANDEIGNE 2001