António Lobo Antunes
(1942)

Psychiatre dans un hôpital de Lisbonne, il est devenu, avec Saramago, le romancier le plus connu dans son pays et à l'étranger, et il faut bien dire que livre après livre il a su créer une œuvre littéraire originale de premier plan, qui offre une vision du monde sombre mais bouleversante de la condition humaine, un peu à la manière de Céline. Son expérience de la guerre coloniale comme médecin, les destins fourvoyés et les amours fracassées sont les thèmes dominants de la plupart de ses romans.

Le cul de Judas
(Métailié)
À Lisbonne, une nuit, dans un bar, un jeune médecin raconte un cauchemar horrible et destructeur : son séjour en Angola, au fond d'un " cul de Judas ", trou pourri, cerné par une guerre sale oubliée du monde. Un humour terrible sous-tend ce monologue qui parle aussi d'un autre front : les relations de cet homme avec les femmes. Le premier grand succès de Lobo Antunes, un livre bref qui est la meilleure introduction à son univers.

La farce des damnés
(Bourgois)
Une histoire de famille qui se déchire autour d'un héritage de dettes, avec ses haines, ses incestes, ses égoïsmes et ses idiots. Ce roman faulknérien se passe dans la province de l'Alentejo, un peu plus d'un an après la Révolution des œillets.

La mort de Carlos Gardel
(Bourgois, 10:18)
Un adolescent meurt, victime d'une overdose. À son chevet d'hôpital, lors de son agonie, se succèdent son père, sa mère, depuis longtemps séparés, sa tante, le médecin et les infirmières. Depuis son coma, Nuno les observe s'agiter autour de lui entre deux bouffées de délire. Tous les récits, racontés tour à tour par chacun des personnages, gravitent autour du mourant qui reconstitue son passé.

Le manuel des Inquisiteurs
(Bourgois, 10:18)
Un fou hurle ses souvenirs dans une clinique pour vieillards, un pot de chambre glissé entre ses jambes de squelette. Ce fou fut un homme puissant et redouté sous le régime de Salazar. Un ministre peut-être. Un de ceux qui gouvernaient en secret. Qui tuaient sans payer pour le crime. Qui écrivaient des discours, inauguraient des orphelinats, faisaient sauter des têtes, s'achetaient de jeunes maîtresses, renversaient les servantes sur les tables sans même ôter leur chapeau. Un des livres les plus violents de son auteur. Une dénonciation du mal d'un régime ancré au cœur des hommes.

La splendeur du Portugal
(Bourgois)
À travers les monologues alternés d'une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons déchus d'une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d'un processus historique d'avilissement d'une catégorie d'êtres humains. Au fil d'évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l'atmosphère d'un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures, là leur identité se désagrège, car ils resteront à jamais écartelés entre leur attachement à l'Afrique et la honte d'admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.

Livre de chroniques
(Bourgois)
Ce recueil d'articles publiés semaine après semaine dans un grand journal de Lisbonne n'évoque en rien le monde romanesque de l'auteur. Ce sont des récréations, des divertissements sur la vie quotidienne portugaise, souvent très réussies et très drôles, qui montrent une facette inconnue et séduisante de l'écrivain. La deuxième partie de ces chroniques vient de paraître sous le titre Dormir accompagné.

Exhortation aux crocodiles
(Bourgois)
Le livre ne donne la parole qu'à des femmes. Après la révolution de 1974, il y a eu un climat de guerre civile. Un mouvement d'extrême-droite a tué beaucoup de gens, notamment le premier mininistre Sá-Carneiro. Pendant un an, ce mouvement a été dirigé par l'ex-président de la République, le général Spinola. Cette période est racontée par des femmes de ces " terroristes ", ces femmes à qui on ne disait pas tout. Ce sont des choses supposées, devinées, qui sont évoquées par ces épouses, ces maîtresses, ces veuves. L'une est sourde, l'autre a un cancer, une autre est obèse.

Le retour des caravelles
(10:18)
António Lobo Antunes retrace ici l'histoire des rapatriés d'Afrique au lendemain des décolonisations. Des milliers de portugais regagnent un pays qui n'est plus véritablement le leur, une ville, Lisbonne qu'ils ne connaissent plus. Ils ont tout perdu. C'est l'occasion pour l'auteur de convoquer les héraults de l'histoire des découvertes portugaises (Luís de Camoens, Vasco da Gama, Pedro Alvares Cabral et bien d'autres...) pour consacrer la farce et le drame de cette splendeur déchue.

Connaissance de l'enfer
(Points-Seuil)
Un jour et une nuit de voyage en voiture mènent un homme du sud du Portugal jusqu'à Lisbonne où il travaille dans un service psychiatrique. Durant ce trajet, les souvenirs se mêlent aux visions, l'univers du narrateur paraît basculer dans la folie. Entre les dérives de son imagination et les délires de ses patients, entre les cauchemars atroces de la guerre d'Angola et l'univers concentrationnaire de l'hôpital, le narrateur brosse un tableau cruel de l'institution psychiatrique et dresse un féroce réquisitoire contre les guerres coloniales qui ont traumatisé toute une génération de portugais.

Fado Alexandrino
(Métailié)
Au cours d'un banquet de bataillon, quatre hommes se retrouvent dix ans après les guerres menées en Afrique... Ils se sont côtoyés sans le savoir, ils ont aimé les mêmes femmes et comme leurs discours ivres d'alcool, leurs vies s'enchevêtrent marquées par le cauchemar des guerres coloniales. La nuit culminera dans le meurtre.

Mémoire d'éléphant
(Bourgois)
À Lisbonne, au fil d'une journée de naufrage et de révolte morale, un jeune psychiatre exorcise ses démons : la blessure d'un amour trop intense, la hantise de ses souvenirs de guerre en Angola, sa conscience exacerbée de servir une institution dont il condamne le rationnalisme forcené.

Traité des passions de l'âme
(Points-Seuil)
Deux amis d'enfance se retrouvent face à face : l'un est devenu juge d'instruction, l'autre est membre d'une organisation terroriste. Au fil de l'enquête judiciaire, souvenirs et monologues des différents personnages s'entrelacent, multipliant notes d'humour et situations sordides.

Explication des oiseaux

(Points-Seuil)
Rui S. raconte les circonstances qui l'ont amené à se suicider. À travers sa confession et le témoignage de ses amis et proches qui ont toujours pensé qu'il était malade, se dessine le portrait d'un homme qui a raté sa vie et dont le seul souvenir heureux est son père lui expliquant les oiseaux alors qu'il était enfant.

N’entre pas si vite dans cette nuit noire
(Bourgois)
Le père de Maria Clara vit retiré dans un grenier dont il a interdit l’entrée. Parti à l’hôpital pour subir une opération, Maria Clara s’empare de la clef et entreprend alors de reconstituer l’histoire familiale confisquée. Journal intime de Maria Clara rédigé trente ans plus tard, le récit déroule la complexité des liens familiaux et s’apparente à une nouvelle naissance pour Maria Clara.

Bonsoir les choses d'ici bas
(Bourgois) (quatrième de couverture)
Vous avez renoncé à un livre sur la guerre
en Angola en vous décidant à écrire Bonsoir les choses d’ici-bas ?
- Quand j’ai commencé, le livre n’avait pour ainsi dire rien à voir avec l’Angola. Le sujet, c’était les sectes religieuses. C’était relativement inspiré de faits réels. Mais au deuxième chapitre, le livre s’est modifié et j’ai compris qu’il ne voulait pas de cette histoire… Avant je me lançais dans un livre avec des plans très détaillés, maintenant je m’embarque pratiquement sans rien, celui-ci j’ai commencé à l’écrire sans rien.

- Que s’est-il passé ensuite ?
- L’idée m’est venue des diamants, des agents… Un livre m’apparaît toujours davantage comme un organisme vivant, il fait ce qu’il veut. Et je dois le suivre à la trace, faire ce qu’il exige. C’est un organisme indépendant.

- Il y a au moins dix voix principales dans ce roman. Elles sont apparues au fur et à mesure que vous écriviez le roman ?
- Exactement.

- Comment faites-vous pour ne pas vous perdre dans ce carrousel de voix, sans un schéma, sans un plan ?
- Hum… il se fait tout seul. Toujours plus.

- Vous venez de dire qu’il s’agissait d’un Angola inventé…
- Tout comme le Portugal est inventé… »
(Lucas Coelho, Milfolhas, Novembre 2003)

Lettres de la guerre. «De ce vivre ici sur ce papier décrit»
(Bourgois) (quatrième de couverture)
Ces lettres furent écrites par un homme de 28 ans, le jeune Antonio Lobo Antunes, tout juste diplômé de médecine, envoyé en Angola entre 1971 et 1973. Isolé de tout et de tous durant deux ans de guerre coloniale, c'ets dans le cadre privé de sa relation avec sa femme qu'il les rédigea, sans penser qu'un jour elles seraient publiées.
Elles se présentent à la fois comme le journal de bord d'un médecin hanté par le désir de construire une oeuvre littéraire et un document sur le quotidien d'une guerre aussi instable et violente qu'un ciel d'orage tropical. Elles foisonnent d'évocations de paysages africains, de portraits psychologiques des militaires et des indigènes, de poèmes et de confidences passionnées où l'auteur met son coeur à nu.
Enfin, et naturellement, ces lettres sont l'histoire d'un amour déchiré par la séparation, le journal de l'amour absent. "Ce sont des lettres d'un écrivain qui croit en sa valeur et qui ne renonce pas à la devenir. (...) Ce sont des lettres, donc. Mais classer ce livre dans le genre épistolaire serait réducteur. Car on y trouve le fil conducteur d'une narration romanesque." (Sara Belo Luis, Jornal de Letras/Courrier International)

Il me faut aimer une pierre
(Bourgois) (quatrième de couverture)
Comme souvent chez Antonio Lobo Antunes, les discours parallèles se superposent. Très vite, il est clair que chacun ne s’adresse qu’à soi-même, dans l’évocation solitaire et obsédante de ses souvenirs les plus marquants et les plus secrets, réveillés par des photos, des confidences, une visite ou par le simple besoin d’inventer des histoires pour tromper son ennui. Car si l’auteur du livre est bien Antonio Lobo Antunes, il délègue à l’un de ses personnages le soin de créer les autres. En l’occurrence, c’est une ancienne couturière qui assemble les différents morceaux de ces « vies minuscules » sur sa machine à coudre/à écrire. Cette vieille femme à l’existence difficile, sujette à des hallucinations, donne le ton à un livre centré sur les carences affectives qui touchent tous les protagonistes, avec leur singularité, qu’ils soient parents, enfants ou amants. L’on pourrait même les résumer par les mots de la Carmen de Bizet : si tu ne m’aimes pas je t’aime… et si je t’aime pauvre de moi.

Autre titre en français : L'ordre naturel des choses (Bourgois).

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(c)EDITIONS CHANDEIGNE 2001