
©Silvia Seova |
Ferreira, Vergílio
(1916-1996)
Né dans les montagnes de la Serra da Estrela, où il a grandi,
il se destina d'abord à la prêtrise, vocation dont il se
détourna pour devenir enseignant. Néo-réaliste à
ses débuts, il a brutalement rompu avec l'idéologie dominante
pour écrire une quinzaine de romans, qui sont autant de chefs d'uvre,
dont le sujet n'est plus psychologique ni social, mais de l'ordre de l'expérience
intérieure. Lui-même se réclamait souvent du courant
" existentialiste " français et citait Camus, Sartre
et Malraux. Servie par une écriture superbe, son uvre ne
cesse d'interroger le sens même de la vie et reprend de livre en
livre les mêmes thèmes : la nostalgie de la jeunesse et de
la pureté, la quête de l'absolu, le vertige du néant
et la terreur de l'homme devant la mort. Cette méditation métaphysique
donne à ses romans une tonalité tragique, mais aiguisée
par une ironie grinçante.
Matin perdu
(10:18)
Orphelin de père, António est pris en charge vers quatorze
ans par une riche bigote qui l'arrache à son univers de gueuserie
pour l'envoyer au séminaire. L'adulte António raconte comment
la machine à broyer les volontés individuelles, par une
discipline de fer, par d'interminables prières, par les sermons
et les méditations, transforme des costauds incultes, des péquenots
travaillés par la puberté en solitaires douloureux ou en
mécaniques à débiter du latin. Il faudra la mort
de son unique ami pour qu'António s'arrache à l'aliénation
d'un sacerdoce sans vocation, conquière sa liberté sans
pouvoir se débarrasser de ce " matin perdu " gravé
au fer rouge dans son esprit. Prix Femina Etranger 1990.
Apparition
(Métailié)
Alberto Soares, jeune professeur débutant, vient d'être nommé
au lycée d'Évora. La mémoire de son enfance, de son
père mort, pèse encore lourdement sur lui. Il croit avoir
enfin trouvé sa vérité et il veut annoncer aux autres
la bonne nouvelle que lui a révélée l'expérience
de la soudaine " apparition " de sa présence à
lui-même. Mais l'apôtre ingénu apporte la tragédie
à ceux qui l'avaient accueilli ; il découvre les diverses
formes du mal et de la souffrance, il reconnaît les limites étroites
de sa condition. Son problème est dès lors de retrouver
en soi, sans secours surnaturel, des raisons de vivre et des raisons d'accepter
de mourir.
Alegria Breve
(Gallimard)
Dans un petit village de montagne du Portugal, naguère animé
par l'exploitation des mines de wolfram, aujourd'hui dépeuplé,
le dernier de ses habitants, Jaime, attend. L'un après l'autre,
les habitants sont partis, et les vieux qui étaient restés
sont morts. À l'appel d'un absolu qui s'est manifesté à
lui dans l'action, dans l'érotisme, dans l'art, cet homme oppose
le refus. L'absolu, c'est maintenant le vide intégral de la neige
qui recouvre tout le village tandis qu'il écrit, après la
mort de sa compagne, qu'il vient d'enterrer lui-même
Au nom de la Terre
(Gallimard)
Un vieil homme amputé se trouve invalide du jour au lendemain relégué
dans une maison de retraite de Lisbonne où l'a conduit sa fille,
son enfant préférée. Sa femme est morte au terme
d'un lent déclin physique et mental. C'est à cette femme
qu'il s'adresse maintenant dans une longue missive, comme une conversation
imaginaire où passé et présent se chevauchent dans
l'absolu de la mémoire. Un livre splendide, à la fois pudique
et obscène, peut-être le plus accompli de son auteur.
Rêve d'ombre
(Le Passeur)
Dans un cheminement chaotique à travers les brumes de l'alcool
et les tressaillements de la mémoire, Júlio Neves, écrivain
célèbre, persuadé que sa femme l'a quitté,
dresse le long constat, sans appel de son échec. Échec d'un
homme qui n'a jamais su vivre dans le miroir des apparences. Échec
aussi de celui que l'amour a refusé.
Jusqu'à la fin
(10:18)
Dans une chapelle, face à la mer, un homme veille son fils mort.
entre le père et le fils terroriste et drogué, s'instaure
un dialogue difficile où chacun tente, sans trop y croire, de restituer
sa part de vérité. Mais la mort ne peut combler un fossé
que la vie avait creusé entre eux.
Ton visage
(Gallimard)
Daniel, médecin et caricaturiste, est hanté par le visage
de Barbara, figure fantasmatique de lamour. Il a épousé
Ângela, professeur de latin, rigoureuse et dirigiste, il a deux
enfants... Il vit une vie quil na pas véritablement
choisie. Le narrateur interroge un passé qui ne cesse de déployer
son ombre sur le présent. Nous sommes ici au cur de lintime
contradiction dun homme déchiré par la réalité
vécue et le fantasme.
Autres titres : Pour toujours (10:18),
Lettres à Sandra (Gallimard).
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