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José Maria Eça de Queiroz
(1845-1900)

C'est le maître incontesté du roman portugais. Fils de magistrat, il suit des études qui le mènent sagement à une carrière administrative. Après avoir été brièvement sous-préfet de Leiria, il entre dans la diplomatie. Nommé consul, il séjourne à La Havane de 1873 à 1874, en Angleterre de 1874 à 1888, à Paris de 1888 à 1900. L'influence de ce parcours cosmopolite est manifeste dans son œuvre. D'abord par la palette de sa vaste culture. Ensuite par son sens aiguisé de la satire, car vivant ainsi de longues années loin de sa terre natale, il est sensible à ce qu'il y a d'étroit, d'archaïque et d'étriqué dans la société portugaise de son temps. Mais en même temps il ne cesse d'avoir la nostalgie du soleil portugais et des vieilles maisons du Douro. Ces sentiments à la fois complexes et contradictoires pour son pays font le charme et la marque de fabrique de la plupart de ses grands romans. Il reste dans la littérature universelle non seulement comme un observateur clairvoyant de la réalité sociale, mais comme un virtuose de l'humour qui ne peut que séduire le lecteur.

Les Maia
(Chandeigne)
Le chef-d'œuvre du roman portugais. Le nœud de l'action est une sulfureuse histoire d'amour dans le goût romantique, mais le grand intérêt du récit est ailleurs : dans la peinture d'une société bourgeoise décadente ; dans l'évocation de la ville de Lisbonne qu'arpente le héros, Carlos de Maia, de la rue des " Janelas Verdes " jusqu'au Chiado ; enfin dans le personnage d'Ega, type du Portugais cultivé, hyperconscient, cosmopolite, enclin à dénigrer son pays auquel il est profondément attaché - comme Eça lui-même. À la fois histoire d'une passion fatale, peinture de mœurs objective et virulente satire, ce livre, dont le rythme rappelle les romans anglais par son style à la fois lumineux, attendri et ironique, a immortalisé Lisbonne dans la littérature.

Le crime du Padre Amaro

(La Différence)
Écrit en trois versions successives, la dernière en 1880, ce livre présente d'évidentes parentés avec Madame Bovary pour la description du microcosme d'une petite ville, et avec la Faute de l'Abbé Mouret de Zola (mais qui lui est postérieur). Le sujet est, en effet, apparemment le même : la liaison d'un prêtre avec une jeune fille. Mais, chez Queiroz, le Padre Amaro est un séducteur conscient et cynique, incarnation de l'hypocrisie religieuse et sociale de son temps. Le roman est violemment anticlérical. Il reflète le drame intime de l'auteur, celui de sa naissance illégitime, et un rapport ambigu avec la " bonne société ".

L'illustre maison de Ramires
(La Différence)
À travers Gonçalo Ramires, petit seigneur de province, dernier d'une lignée de guerriers qui remonte au premier roi du Portugal, l'auteur décrit la décadence d'une aristocratie censée représenter une chance de régénération pour la nation : Gonçalo manque à la parole donnée, compromet sa sœur avec le préfet dont il recherche l'appui, est la proie d'une invincible couardise. La vie de ses ancêtres qu'il a entrepris de rédiger dans un roman historique à la manière de Walter Scott, où sont évoqués dans le bruit et la fureur les hauts faits et les vertus d'un aïeul médiéval, offre un contraste saisissant avec son existence pleine de compromissions. Ce roman dans le roman, où le vérisme le dispute à la parodie hagiographique, donne tout son relief à la satire sociale mordante et drôle qui occupe l'essentiel du livre.

202 Champs-Elysées
(Folio)
Dans le Paris de la fin du XIXe siècle, peuplé d'anarchistes, de poètes symbolistes, de dandies, de gros financiers boursicoteurs et de buveurs d'absinthe, se dresse 202, avenue des Champs-Elysées, l'hôtel particulier d'un jeune aristocrate portugais, Jacinto, prosélyte acharné de la modernité. Télégraphe, téléphone, gramophone, phonographe, cave d'eaux minérales, ascenseur et autres gadgets meublent cet hôtel, mais Jacinto en est devenu l'esclave et sombre dans la mélancolie. Finalement, ce nouveau Des Esseintes épris de modernisme, décide du jour au lendemain de renoncer à sa vie agitée et futile, pour se retirer en solitaire dans la montagne portugaise. Eça de Queiroz, dans ce roman incisif, enjoué, où la décadence a du charme et de l'esprit, se livre à une dénonciation prophétique du danger des progrès d'une science mise au service de la puissance et du profit.

Alves et Cia
(La Différence)
Avec sa férocité coutumière, Eça de Queiroz trace le portrait d'un milieu petit-bourgeois où il importe avant tout de sauver les apparences et de préserver son confort. Un après-midi d'été, en rentrant chez lui à l'improviste pour fêter son anniversaire de mariage, le très respectable commissionnaire en douane Alves trouve Ludovina, sa femme, dans les bras de Machado, son jeune associé. Un drame semble sur le point d'éclater : l'épouse infidèle est renvoyée chez son père ; le mari décide de se battre en duel avec l'amant et de laver son honneur dans le sang. Mais, petit à petit, la prudence freine les élans romantiques, l'intérêt l'emporte sur l'honneur, les soucis pratiques pèsent plus lourd que la fausse sentimentalité... et la tragédie se dénoue en farce.

La capitale
(Actes Sud, 2000)
À la mort de ses parents, le jeune Artur, étudiant pâle et anémique, est recueilli par deux vieilles tantes dans un coin reculé de province, où il est contraint de travailler dans une pharmacie. En proie à une invincible mélancolie, un héritage lui permet de donner corps à ses rêves : aller dans la capitale... " À nous deux Lisbonne ! ", aurait-il pu dire. Hélas, la ville où il croyait pouvoir jouir de la vie et faire reconnaître ses talents littéraires se révèle une perfide Babylone où il dilapidera son bien et perdra toutes ses illusions.

Le cousin Bazilio
(La Différence)
Dandy cynique et libertin, Bazilio de Brito, de retour du Brésil, entraîne dans l’adultère sa cousine Luiza qu’il avait autrefois courtisée. Leur liaison est découverte par la servante de Luiza qui lui mène alors une vie insupportable. Abandonnée par son amant, découverte par son mari, acculée par sa servante, Luiza meurt. Histoire d’une passion fatale, ce roman est une peinture cruelle et drôle de la société de Lisbonne de la fin du XIXe.

Autres titres de fictions disponibles en français : La tragédie de la rue des fleurs (Métailié), Son Excellence (La Différence), La relique (NEL), Une singulière jeune fille blonde (Folio bilingue).

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